Combien les autres Français ont-ils de côté au même âge que vous ? C’est une question que l’on se pose tous… souvent sans oser la formuler. Bonne nouvelle : il existe des chiffres assez précis, et ils sont utiles pour se situer, sans se juger.
Dans cet article, on va passer en revue l’épargne moyenne par âge, comprendre les écarts générationnels et vous donner des repères concrets pour vous positionner… puis progresser, quel que soit votre point de départ.
Pourquoi s’intéresser à l’épargne moyenne par âge ?
Comparer son épargne à celle des autres peut sembler un peu voyeur. Pourtant, c’est un outil puissant, à condition de l’utiliser correctement.
Ce que ces chiffres permettent de faire :
- Se rassurer si on est dans la norme… ou pas si loin qu’on le pense.
- Détecter un retard d’épargne à un âge donné, pour ajuster sa stratégie.
- Mieux fixer ses objectifs : par exemple, viser telle somme à 40 ans pour préparer l’achat d’un logement ou la retraite.
Ce qu’ils ne doivent pas servir à faire :
- Se comparer aux cas extrêmes (héritages, très hauts revenus, entrepreneurs ayant vendu leur société…).
- Culpabiliser : vous n’avez pas le même parcours, le même salaire, les mêmes aléas de vie que les autres.
Gardez en tête deux notions clés :
- La moyenne est tirée vers le haut par quelques très gros patrimoines.
- La médiane (le niveau au milieu de la population) est souvent un meilleur repère pour « Monsieur et Madame Tout-le-monde ».
Épargne moyenne des Français par âge : les grands ordres de grandeur
Les chiffres ci-dessous sont des ordres de grandeur issus des dernières enquêtes statistiques disponibles (Insee, Banque de France, Observatoire de l’épargne). Ils concernent le patrimoine financier (livrets, assurance vie, comptes à terme, PEA, épargne retraite…), hors résidence principale et autres biens immobiliers.
Par tranche d’âge, on observe en général :
- Moins de 30 ans : épargne financière médiane autour de quelques 5 000 à 8 000 €. La moyenne est déjà plus élevée (10 000 € et plus), car certains ont reçu des aides familiales ou héritages.
- 30–39 ans : médiane autour de 15 000 à 25 000 €, moyenne plutôt dans la zone des 30 000 à 50 000 €.
- 40–49 ans : médiane dans une fourchette de 30 000 à 50 000 €, moyenne qui peut dépasser les 70 000–100 000 €.
- 50–59 ans : médiane entre 50 000 et 80 000 €, moyenne souvent largement au-dessus des 100 000 €.
- 60 ans et plus : médiane fréquemment supérieure à 80 000 €, moyenne qui peut approcher ou dépasser les 150 000 €.
Encore une fois, ces chiffres sont des ordres de grandeur. Les écarts sont très importants selon :
- le niveau de revenus,
- la stabilité de l’emploi,
- la situation de couple ou non,
- le fait d’avoir hérité,
- le coût du logement (locataire en région parisienne vs. propriétaire en province, par exemple).
Épargne par âge : pourquoi de tels écarts entre les générations ?
On pourrait croire que tout s’explique par l’âge : plus on vieillit, plus on a eu de temps pour épargner. C’est vrai… mais très incomplet.
Plusieurs facteurs creusent les écarts entre générations :
- L’accès à la propriété : les générations plus âgées ont souvent acheté leur logement à des prix bien plus bas, ce qui a libéré du pouvoir d’achat pour épargner.
- L’évolution des salaires : la progression salariale est plus lente et plus tardive pour les jeunes actifs qu’il y a 20 ou 30 ans.
- La précarité de l’emploi : CDD, missions, périodes de chômage pèsent lourdement sur la capacité à mettre de côté avant 35–40 ans.
- La charge du logement : les loyers ont beaucoup augmenté dans les grandes villes, ce qui rogne la marge d’épargne des plus jeunes.
- L’héritage et les donations : une partie significative de l’épargne des 50 ans et plus provient de transmissions (donations des parents, héritages).
Résultat : à 30 ans aujourd’hui, on n’est pas du tout dans la même situation qu’un trentenaire des années 1990. Se comparer « entre branches » (vos parents, vos grands-parents) n’est donc pas toujours pertinent.
Comment savoir si votre épargne est « dans la moyenne » pour votre âge ?
Plutôt que de chercher le chiffre exact où se situe la France entière, l’idée est de vous donner des paliers de repère. Ils ne sont ni des normes officielles ni des obligations, mais des jalons utiles pour piloter votre trajectoire.
Par âge, on peut se fixer des ordres de grandeur raisonnables (toujours en patrimoine financier, hors immobilier) pour quelqu’un qui a un revenu proche du salaire médian et qui épargne de façon régulière :
- À 25 ans : viser entre 3 000 et 10 000 € d’épargne de précaution (plus si vous êtes déjà dans la vie active depuis plusieurs années).
- À 30 ans : être autour de 10 000 à 20 000 €, dont une partie sur des supports un peu plus rémunérateurs que les livrets réglementés.
- À 35 ans : avoir une épargne financière totale autour de 20 000 à 40 000 €, en commençant sérieusement à préparer les projets long terme (retraite, transmission, etc.).
- À 40 ans : être dans une fourchette de 40 000 à 70 000 €, avec une allocation plus diversifiée (assurance vie, PEA, épargne retraite…).
- À 50 ans : viser au moins 70 000 à 120 000 € de patrimoine financier si l’on souhaite une retraite plus confortable.
- À 60 ans : pour préparer sereinement la fin d’activité, une cible de 100 000 à 200 000 € peut constituer un repère (très dépendant du niveau de pension attendu).
Vous êtes très loin de ces chiffres ? Cela ne signifie pas que « c’est fichu ». Cela signifie qu’il faudra peut-être :
- revoir votre niveau d’épargne mensuelle,
- ajuster votre horizon de retraite,
- ou optimiser davantage vos placements pour gagner en rendement sur longue durée.
Les bons réflexes d’épargne par tranche d’âge
Au-delà des montants, l’important est de mettre en place les bons réflexes au bon moment. Voici une feuille de route simplifiée par grandes étapes de vie.
Avant 30 ans : construire le socle
À cet âge, l’enjeu n’est pas d’avoir déjà un gros capital, mais de prendre les bons automatismes.
Priorités :
- Constituer une épargne de précaution de 3 à 6 mois de dépenses courantes, sur Livret A, LDDS ou livret bancaire rémunéré.
- Éviter les dettes coûteuses (crédit revolving, découvert chronique, etc.).
- Commencer à investir tôt, même avec 50 ou 100 € par mois, sur une assurance vie ou un PEA orienté long terme.
Pourquoi si tôt ? Parce que vous disposez de ce que les épargnants de 50 ans envient le plus : le temps. Dix, quinze ou vingt ans de capitalisation changent complètement la donne, même avec des petits montants au départ.
Entre 30 et 40 ans : structurer et diversifier
C’est souvent la décennie des projets lourds : achat immobilier, enfants, parfois reconversion. L’épargne doit s’articuler autour de ces objectifs.
Quelques axes forts :
- Maintenir un matelas de sécurité malgré les dépenses importantes (travaux, arrivée d’un enfant, etc.).
- Éviter de tout immobiliser dans la résidence principale : garder une épargne financière liquide ou peu bloquée.
- Monter en puissance sur les placements de long terme (assurance vie en unités de compte, PEA, PER), quitte à accepter une part de volatilité.
C’est aussi l’âge où l’on peut commencer à se poser des questions comme : « Combien me faudra-t-il à la retraite ? », même si la réponse reste approximative. Les premières années d’investissement long terme sont celles qui comptent le plus.
Entre 40 et 50 ans : accélérer
Pour beaucoup de ménages, les revenus sont plus stables, voire en hausse, et certains gros postes (garde d’enfants, par exemple) commencent à diminuer. C’est la période idéale pour accélérer l’effort d’épargne.
Objectifs prioritaires :
- Augmenter progressivement le taux d’épargne (par exemple, passer de 10 % à 15–20 % des revenus si possible).
- Rééquilibrer ses placements : on peut rester exposé en actions pour la retraite, mais en contrôlant mieux les risques (diversification, supports indiciels, etc.).
- Optimiser la fiscalité via le PEA, l’assurance vie et éventuellement un plan d’épargne retraite (PER).
Si vous avez le sentiment d’être « en retard » à cet âge, tout n’est pas perdu. Sur 15 à 20 ans, un effort d’épargne soutenu et correctement investi peut encore produire des résultats très significatifs.
Après 50 ans : sécuriser sans tout figer
À partir de 50 ans, l’horizon de retraite devient plus concret, surtout si l’on vise un départ entre 60 et 67 ans. La question n’est plus seulement « combien j’épargne ? », mais « comment je vais utiliser cette épargne ? ».
Les grands principes :
- Commencer à sécuriser une partie du capital destiné aux premières années de retraite (supports euros, fonds prudents, livrets…).
- Ne pas sortir totalement des actifs dynamiques : à 55 ans, votre horizon de vie reste potentiellement de 30 ans ou plus.
- Préparer la phase de « décumulation » : comment compléter vos pensions, en piochant de façon maîtrisée dans votre patrimoine financier.
C’est aussi le moment de faire un bilan global (retraite, immobilier, épargne, éventuelles aides aux enfants) pour ajuster la trajectoire : travailler plus longtemps ? Épargner davantage sur quelques années ? Arbitrer certains biens immobiliers ?
Que faire si votre épargne est très en-dessous des moyennes ?
Imaginons que vous ayez 40 ans, 5 000 € d’épargne, et que vous découvriez que la médiane se situe bien au-dessus de vous. Et alors ? La seule question utile est : « Que puis-je faire à partir de maintenant ? ».
Voici une démarche en trois temps :
- 1. Faire un diagnostic honnête
Listez vos revenus, vos charges fixes, vos dettes, votre épargne actuelle. Impossible de progresser sans une photo nette de la situation. - 2. Remettre à plat le budget
Identifiez 2 à 3 postes sur lesquels vous pouvez concrètement gagner 100, 200 ou 300 € par mois (logement, voiture, abonnements, alimentation, loisirs). L’objectif n’est pas de se priver de tout, mais de réaligner vos dépenses avec vos priorités. - 3. Automatiser l’épargne
Mettez en place un prélèvement automatique en début de mois, même modeste. 150 € par mois à 40 ans, investis pendant 20 ans avec un rendement net de 4 % par an, représentent déjà plus de 55 000 € à 60 ans environ.
Deux idées à garder en tête :
- Il vaut mieux commencer petit et tenir, que viser trop haut et arrêter au bout de 6 mois.
- Plus l’horizon est long, plus le rendement compense en partie un départ tardif.
Et si, au contraire, vous êtes largement au-dessus de la moyenne ?
C’est une situation plus confortable, mais qui pose aussi des questions spécifiques :
- Votre épargne est-elle correctement diversifiée ? Avoir 150 000 € sur un seul livret à 0,5 % n’est pas une stratégie optimale.
- Votre allocation est-elle cohérente avec vos objectifs ? Trop sécuritaire pour un horizon long terme, ou au contraire trop risquée à l’approche de la retraite ?
- Avez-vous réfléchi à la transmission ? Donations, assurance vie, fiscalité successorale… anticiper permet parfois de réduire fortement l’impôt futur.
Être « au-dessus de la moyenne » n’est pas une fin en soi. L’enjeu devient d’aligner votre patrimoine avec vos projets de vie : réduire le temps de travail, financer les études des enfants, vous offrir plus de liberté, préparer un changement de vie, etc.
Comparer, oui… mais avec les bonnes lunettes
Les chiffres d’épargne moyenne par âge sont des panneaux indicateurs, pas des notes sur 20. Ils vous aident à répondre à deux questions simples :
- « Où est-ce que je me situe aujourd’hui ? »
- « Qu’est-ce que j’ai envie de changer pour les 5, 10 ou 20 prochaines années ? »
Plutôt que de viser un montant magique, il est plus efficace de :
- vous fixer un taux d’épargne (par exemple 10 % de vos revenus, à augmenter progressivement),
- investir avec une stratégie simple et répétable (versements programmés sur quelques supports bien choisis),
- faire un point régulier (une fois par an) pour ajuster le tir.
Peu importe votre âge actuel, l’essentiel est d’entrer dans une logique de progression. Les moyennes nationales vous donnent le décor. Le scénario, lui, vous appartient entièrement.
