Depuis 2018, trois mots reviennent partout dès qu’on parle d’épargne ou de placements : « flat tax », ou, plus officiellement, le prélèvement forfaitaire unique (PFU). Présentée comme une simplification, elle a profondément changé la fiscalité de vos intérêts, dividendes et plus-values.
Mais dans la pratique, comment ça marche ? Qui y gagne, qui y perd ? Et surtout : comment l’intégrer dans vos choix de placements au quotidien ?
Flat tax : de quoi parle-t-on exactement ?
La flat tax est un impôt forfaitaire de 30 % sur la plupart des revenus de capitaux mobiliers. Elle se décompose en :
Elle s’applique, par défaut, à la plupart des revenus de vos placements :
Le principe est simple : plutôt que d’intégrer ces revenus dans votre barème progressif de l’impôt sur le revenu, on applique un taux unique de 30 %. D’où le terme « flat ».
Flat tax ou barème progressif : un choix à faire chaque année
Point important : la flat tax n’est pas obligatoire. Vous pouvez choisir, chaque année, de renoncer au PFU et d’opter pour l’imposition de tous vos revenus de capitaux mobiliers au barème progressif de l’impôt sur le revenu.
Deux éléments à retenir :
En pratique, l’administration applique d’abord la flat tax via un prélèvement à la source (non définitif dans certains cas), puis vous confirmez ou non le choix de rester au PFU lors de votre déclaration de revenus.
Comment se calcule la flat tax sur vos différents placements ?
Le mécanisme varie légèrement selon la nature du revenu.
Intérêts de placements bancaires
Sont concernés : comptes à terme, livrets fiscalisés, comptes sur livret hors produits réglementés (Livret A, LDDS, LEP restent totalement exonérés d’impôt, mais soumis aux règles spécifiques de ces produits).
Fonctionnement :
Seules les personnes dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas certains seuils peuvent demander la dispense de l’acompte de 12,8 %, mais pas des 17,2 % sociaux.
Dividendes d’actions
Les dividendes suivent la même logique :
Cet abattement de 40 % n’est accessible que si vous optez pour le barème progressif. C’est un point clé pour arbitrer entre flat tax et barème, notamment pour les investisseurs qui perçoivent beaucoup de dividendes.
Plus-values sur valeurs mobilières
Pour les actions, ETF, OPCVM, etc., la flat tax s’applique sur la plus-value nette, c’est-à-dire :
Prix de vente – Prix d’achat – Frais éventuels = plus-value imposable.
Ensuite :
Les moins-values restent imputables, que vous soyez au PFU ou au barème, sous les mêmes règles (imputation sur plus-values de l’année et des 10 années suivantes).
Assurance-vie et flat tax : un cas à part
L’assurance-vie bénéficie d’une fiscalité spécifique, mais la flat tax y a aussi fait son apparition. Deux éléments déterminants :
Pour simplifier, concentrons-nous sur les versements effectués après le 27 septembre 2017 :
- un abattement annuel sur les gains de 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple
- un taux d’IR réduit à 7,5 % pour la part des versements qui ne dépasse pas 150 000 € (tous contrats confondus), soit une taxation globale de 24,7 % (7,5 % + 17,2 %)
Là encore, vous pouvez renoncer au PFU et opter pour le barème progressif, ce qui peut être pertinent si vous êtes peu ou pas imposable.
Un exemple concret de calcul : intérêts sur un super livret
Imaginons que vous placiez 20 000 € sur un livret fiscalisé à 3 % brut sur un an.
Intérêts bruts :
Au PFU de 30 % :
Si vous optez pour le barème progressif et que vous êtes, par exemple, dans une tranche à 0 % (non imposable) :
Dans ce cas précis, la flat tax vous coûte environ 77 € de plus que le barème. D’où l’importance de ne pas cocher « par réflexe » la case PFU si vous êtes faiblement imposé.
Qui a intérêt à la flat tax ?
La flat tax devient intéressante dès lors que votre tranche marginale d’imposition (TMI) est supérieure à 12,8 % et que vous n’avez pas d’avantages spécifiques au barème (abattement sur dividendes par exemple) qui compensent.
Quelques profils qui profitent généralement du PFU :
Pour un foyer à TMI 30 %, la comparaison est vite faite :
Mais attention : le calcul réel dépend des abattements, des crédits d’impôt et de la nature exacte de vos revenus (dividendes, intérêts, plus-values, assurance-vie).
Qui a intérêt au barème progressif ?
Le barème progressif reste souvent plus avantageux pour :
Exemple simplifié avec des dividendes :
Un contribuable à TMI 11 % perçoit 1 000 € de dividendes.
Option PFU :
Option barème (avec abattement 40 %) :
Résultat : le barème permet ici d’économiser 62 €. Sur des montants plus importants, l’écart devient significatif.
Impact de la flat tax sur la stratégie de vos placements
La fiscalité ne doit jamais être le seul critère de choix de vos placements, mais elle influence clairement certaines décisions.
Trois grandes conséquences pratiques de la flat tax :
Avec une fiscalité plus lisible et plafonnée à 30 %, l’investissement en actions, ETF ou OPCVM devient plus compétitif, notamment face à l’immobilier locatif fortement taxé (impôt + prélèvements sociaux + prélèvements spécifiques éventuels).
Avant 2018, l’assurance-vie avait un avantage fiscal nettement plus marqué. Avec le PFU, le compte-titres ordinaire redevient une enveloppe pertinente, surtout pour les investisseurs dynamiques, même si l’assurance-vie garde ses atouts (capitalisation des gains, transmission, fiscalité après 8 ans).
PEA, PEA-PME, assurance-vie, PER : ces enveloppes permettent de réduire ou différer fortement l’impact de la flat tax, voire de l’éviter totalement sous conditions. La question clé devient alors : quel pourcentage de votre patrimoine loger dans des enveloppes défiscalisées, et combien laisser en compte-titres ou livrets fiscalisés ?
Comment optimiser concrètement sa fiscalité avec la flat tax ?
Quelques pistes pratiques pour articuler vos placements autour du PFU :
Avant même de vous demander si la flat tax est intéressante, assurez-vous d’exploiter les produits véritablement exonérés d’IR :
Votre tranche d’imposition peut évoluer (changement de salaire, retraite, année sabbatique, etc.). Il est pertinent de :
Si vous anticipez une baisse de vos revenus dans une année donnée (départ à la retraite, année de transition professionnelle), il peut être intéressant de :
Les dividendes peuvent être fiscalement plus ou moins intéressants selon votre TMI :
Flat tax : ce qu’il faut garder en tête avant d’investir
Pour intégrer intelligemment la flat tax dans votre stratégie d’épargne, quelques repères simples :
Un taux global de 30 % reste une fiscalité lourde sur des revenus déjà souvent modestes (intérêts, dividendes). D’où l’intérêt des enveloppes défiscalisées et des produits réglementés exonérés.
Si vous êtes peu imposable, ou si vous avez un profil très orienté dividendes ou assurance-vie longue durée, le barème progressif peut largement réduire votre facture fiscale.
La flat tax est une réforme politique. Rien ne garantit qu’elle restera inchangée dans les 10 ou 15 prochaines années. D’où l’importance de construire une stratégie adaptable, et de ne pas baser tous vos choix uniquement sur la fiscalité du moment.
En résumé, la flat tax simplifie la lecture de vos impôts sur les placements, mais elle ne dispense pas de faire vos calculs. Selon votre niveau de revenus, la nature de vos gains et la façon dont vous structurez votre patrimoine (assurance-vie, PEA, compte-titres, livrets), son impact peut être très différent.
Avant de souscrire un nouveau placement ou de réaliser une grosse plus-value, prendre quelques minutes pour simuler votre imposition avec et sans PFU peut vous faire économiser plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’euros sur le long terme. C’est un réflexe à adopter autant que possible.
