Pfu assurance vie : fonctionnement, taux et stratégies pour optimiser votre fiscalité

Pfu assurance vie : fonctionnement, taux et stratégies pour optimiser votre fiscalité

Le prélèvement forfaitaire unique (PFU), aussi appelé « flat tax », a profondément modifié la fiscalité de l’assurance vie. Entre taux, abattements, ancienneté du contrat et option pour le barème progressif, il est facile de s’y perdre… et tout aussi facile de payer trop d’impôts si l’on ne connaît pas les bons réflexes.

Dans cet article, on décortique ensemble le fonctionnement du PFU sur l’assurance vie, les taux réellement applicables selon votre situation et, surtout, les stratégies concrètes pour optimiser votre fiscalité tout en gardant une épargne souple et disponible.

Rappel express : qu’est-ce que le PFU ?

Le PFU, instauré en 2018, est une imposition forfaitaire à taux unique de 30 % sur une grande partie des revenus du capital (intérêts, dividendes, plus-values mobilières), dont :

  • 12,8 % d’impôt sur le revenu ;
  • 17,2 % de prélèvements sociaux.

Sur les contrats d’assurance vie, le PFU :

  • ne s’applique que sur la part des gains (intérêts, plus-values) comprise dans vos rachats ;
  • cohabite avec un régime spécifique pour les contrats de plus de 8 ans, avec l’abattement annuel de 4 600 € ou 9 200 € ;
  • fonctionne différemment selon la date des versements et le montant total versé sur vos contrats.

Autrement dit : le PFU simplifie… mais l’assurance vie reste un cas particulier avec des subtilités à connaître pour ne pas passer à côté de ses avantages.

Comment fonctionne la fiscalité de l’assurance vie avec le PFU ?

Fiscalement, vous n’êtes imposé qu’en cas de rachat (retrait partiel ou total). Tant que vous ne retirez rien, pas d’impôt sur les gains, seulement, selon les supports, des prélèvements sociaux qui peuvent être prélevés au fil de l’eau (fonds euros) ou au moment du rachat (unités de compte).

Lors d’un rachat, l’assureur calcule la part de gain comprise dans la somme retirée.

Formule simplifiée :

Part de gains imposables = (Valeur du contrat – Montant total des versements) × (Montant du rachat / Valeur du contrat)

Sur cette part de gain, vous êtes soumis :

  • à l’impôt sur le revenu (via PFU ou barème progressif) ;
  • aux prélèvements sociaux (17,2 %).

Le PFU intervient donc sur la fraction « impôt sur le revenu » de ce gain.

Ce qui change selon la date des versements

La réforme distingue deux grandes périodes :

  • Versements effectués avant le 27 septembre 2017 : ils restent soumis à l’ancienne fiscalité de l’assurance vie (hors option pour le barème) ;
  • Versements effectués à compter du 27 septembre 2017 : ils sont soumis au PFU, avec des nuances selon l’ancienneté et les montants.

Un même contrat peut donc contenir des versements « anciens » et « récents », chacun fiscalisé différemment en cas de rachat. L’assureur est censé gérer ce calcul, mais mieux vaut comprendre la logique pour anticiper.

Les taux d’imposition : avant et après 8 ans

L’assurance vie reste un produit de long terme. L’ancienneté du contrat (depuis la date du premier versement) joue un rôle majeur dans la fiscalité.

Contrats de moins de 8 ans

Pour les versements réalisés depuis le 27/09/2017 sur un contrat de moins de 8 ans, la règle est la suivante :

  • PFU à 12,8 % + 17,2 % de prélèvements sociaux soit 30 % sur les gains compris dans vos rachats ;
  • avec possibilité d’opter, l’année suivante, pour le barème progressif à la place du 12,8 %.

Si votre tranche marginale d’imposition (TMI) est à 0 % ou 11 %, le barème peut être plus intéressant que le PFU, surtout si vos revenus sont modérés et vos rachats ponctuels.

Pour les versements antérieurs au 27/09/2017, les anciens taux de prélèvement libératoire peuvent continuer à s’appliquer (sauf option globale pour le barème), mais ils ne sont aujourd’hui avantageux que dans des cas spécifiques.

Contrats de plus de 8 ans : le cœur des avantages

À partir de 8 ans, l’assurance vie dévoile son principal atout : l’abattement annuel sur les gains retirés.

Pour les versements postérieurs au 27/09/2017 :

  • Vous bénéficiez d’un abattement annuel sur les gains de :
    • 4 600 € pour une personne seule ;
    • 9 200 € pour un couple marié ou pacsé imposé conjointement.
  • Au-delà de l’abattement, la fiscalité dépend du montant total des versements
  • Pour la part des primes ≤ 150 000 € : 7,5 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux ;
  • Pour la part des primes > 150 000 € : 12,8 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux (donc PFU plein à 30 %).

Le seuil de 150 000 € s’apprécie par personne, à la date du rachat, tous contrats confondus.

Vous avez toujours la possibilité d’opter pour le barème progressif à la place du 7,5 % ou du 12,8 %, selon votre tranche d’imposition.

PFU ou barème progressif : comment choisir ?

L’option pour le barème progressif se fait a posteriori, lors de votre déclaration de revenus. C’est une option globale : si vous l’activez, elle s’applique à tous vos revenus mobiliers (intérêts, dividendes, etc.) de l’année, pas uniquement à l’assurance vie.

Le PFU est généralement intéressant si :

  • vous êtes imposé dans une tranche marginale de 30 % ou plus ;
  • vous percevez des revenus du capital récurrents et significatifs ;
  • vous ne bénéficiez pas d’abattements spécifiques au barème (hors assurance vie).

Le barème progressif peut être plus favorable si :

  • vous êtes non imposable ou dans une TMI de 11 % ;
  • vos revenus varient fortement d’une année à l’autre (par exemple, année sabbatique, transition professionnelle) ;
  • vous réalisez un rachat important une année où vos autres revenus sont faibles.

Dans tous les cas, il est souvent judicieux de :

  • simuler les deux options à partir des chiffres fournis par votre assureur ;
  • profiter d’années de basse fiscalité personnelle pour effectuer des rachats plus conséquents.

Stratégies pour optimiser le PFU sur votre assurance vie

La fiscalité n’est pas une fatalité. Quelques bonnes pratiques permettent de réduire la note, sans complexifier exagérément la gestion de vos contrats.

Exploiter au maximum l’abattement après 8 ans

L’abattement de 4 600 € / 9 200 € porte sur la part de gains incluse dans vos rachats annuels. Une stratégie simple consiste à :

  • attendre que le contrat ait 8 ans avant de programmer des retraits réguliers (si possible) ;
  • effectuer chaque année des rachats partiels dont la fraction de gains reste sous l’abattement.

Résultat : sur cette partie, vous ne payez aucun impôt sur le revenu, seulement les prélèvements sociaux.

Pour un couple, retirer chaque année des sommes dont 9 200 € correspondent à des gains permet de sortir progressivement du capital dans un cadre fiscal très avantageux.

Fractionner les rachats plutôt que tout retirer d’un coup

Un gros rachat ponctuel peut vous faire :

  • dépasser l’abattement annuel ;
  • augmenter fortement votre revenu imposable si vous optez pour le barème ;
  • vous exposer au taux de 12,8 % au-delà de 150 000 € de primes.

Quand c’est possible, mieux vaut :

  • planifier vos retraits sur plusieurs années ;
  • utiliser chaque année votre abattement ;
  • profiter des années où votre TMI est faible pour des rachats plus importants si vous envisagez le barème.

Utiliser plusieurs contrats de manière complémentaire

Le seuil de 150 000 € de versements s’apprécie sur l’ensemble de vos contrats d’assurance vie et de capitalisation, mais cela ne signifie pas qu’un seul contrat suffit.

Disposer de plusieurs contrats peut permettre :

  • d’adapter le profil de risque de chaque contrat (un contrat plus dynamique, un autre plus sécuritaire) ;
  • de réaliser des rachats en priorité sur les contrats :
    • les plus anciens (pour l’abattement) ;
    • ou ceux dont les supports ont le moins de potentiel à long terme.
  • de faciliter la gestion patrimoniale (contrat au nom de chacun des conjoints, par exemple).

Fiscalement, ce n’est pas le nombre de contrats qui compte, mais la stratégie de rachats sur l’ensemble.

Anticiper le seuil des 150 000 € de versements

Le seuil de 150 000 € s’apprécie par personne, tous contrats confondus. Au-delà, la fraction des gains correspondant aux primes excédentaires est taxée à 12,8 % d’impôt (au lieu de 7,5 % après 8 ans).

Deux points à surveiller :

  • Le seuil se calcule sur la somme des versements bruts, sans tenir compte des retraits déjà effectués ;
  • Il se vérifie à la date du rachat, pas à la date du versement.

En pratique, si vous êtes proche de ce plafond, il peut être pertinent de :

  • répartir une partie de votre épargne longue sur d’autres enveloppes (PEA, PER, etc.) ;
  • ou accepter le taux de 12,8 % au-delà des 150 000 €, qui reste compétitif si vous êtes dans des tranches à 30 % ou plus.

Profiter des années de faible revenu

Vous prenez une année sabbatique ? Vous passez à temps partiel ? Vous lancez une activité avec peu de revenus au démarrage ?

Ces années peuvent être idéales pour :

  • effectuer des rachats plus conséquents en optant pour le barème progressif ;
  • réduire fortement, voire annuler, la part d’impôt sur le revenu liée aux gains ;
  • réaliser des arbitrages patrimoniaux (changement de contrat, réorientation de votre épargne) avec une moindre pression fiscale.

Cas pratiques : PFU assurance vie en chiffres

Pour rendre ces mécaniques plus concrètes, voyons quelques scénarios simplifiés. Les montants sont indicatifs, mais reflètent des situations fréquentes.

Cas 1 : contrat de moins de 8 ans, rachat ponctuel

Vous avez versé 30 000 € sur un contrat ouvert il y a 5 ans. Sa valeur est aujourd’hui de 36 000 €.

  • Vos gains latents sont de 6 000 €.
  • Vous effectuez un rachat de 10 000 €.

Part de gains dans ce rachat :

(6 000 / 36 000) × 10 000 = 1 666,67 € de gains imposables (arrondissons à 1 667 €).

Avec PFU :

  • Impôt sur le revenu : 12,8 % × 1 667 ≈ 213 € ;
  • Prélèvements sociaux : 17,2 % × 1 667 ≈ 287 € ;
  • Soit environ 500 € d’imposition totale sur ces 10 000 € retirés.

Si votre TMI est de 11 % et que vous optez pour le barème :

  • Impôt sur le revenu : 11 % × 1 667 ≈ 183 € ;
  • Prélèvements sociaux : inchangés (≈ 287 €).

L’économie est modeste mais réelle. À plus grande échelle, le choix PFU / barème peut faire une différence significative.

Cas 2 : contrat de plus de 8 ans, exploitation de l’abattement

Couple marié, contrat de 12 ans :

  • Versements totaux : 80 000 € ;
  • Valeur actuelle : 110 000 € (donc 30 000 € de gains) ;
  • Rachat envisagé : 20 000 € dans l’année.

Part de gains dans le rachat :

(30 000 / 110 000) × 20 000 ≈ 5 455 € de gains.

Abattement annuel pour le couple : 9 200 €. Les 5 455 € de gains sont donc entièrement couverts par l’abattement.

Résultat :

  • Impôt sur le revenu : 0 € ;
  • Prélèvements sociaux : 17,2 % × 5 455 ≈ 938 € ;
  • Les 20 000 € retirés supportent donc moins de 1 000 € de fiscalité.

En répétant ce type d’opération chaque année, on peut sortir progressivement une part importante du contrat dans des conditions très douces.

Cas 3 : dépassement du seuil de 150 000 €

Vous êtes célibataire, avec plusieurs contrats :

  • Contrat A : 100 000 € versés, valeur 130 000 € ;
  • Contrat B : 80 000 € versés, valeur 95 000 €.

Total des primes : 180 000 €. Vous dépassez le seuil de 150 000 € de 30 000 €.

En cas de rachat sur un contrat de plus de 8 ans :

  • Les gains correspondant à la part de primes ≤ 150 000 € seront imposés à 7,5 % (après abattement) ;
  • Ceux correspondant à la part de primes au-delà de 150 000 € seront imposés à 12,8 % (après abattement).

Ce n’est pas tout ou rien : on applique deux taux différents en proportion. Dans votre situation, le PFU plein à 30 % (12,8 % + 17,2 %) reste souvent compétitif si vous êtes dans une TMI élevée.

Assurance vie et PFU : un cadre toujours attractif

Malgré la complexité apparente, l’assurance vie conserve de véritables atouts dans l’ère du PFU :

  • une fiscalité différée tant que vous ne retirez pas ;
  • un cadre particulièrement favorable après 8 ans, grâce à l’abattement annuel ;
  • un jeu possible entre PFU et barème progressif, selon votre situation personnelle ;
  • une grande souplesse de gestion (support en euros, unités de compte, rachats partiels programmés, etc.).

La clé, désormais, n’est plus uniquement de « garder son contrat 8 ans », mais de :

  • structurer vos versements et vos retraits dans le temps ;
  • tenir compte de vos autres revenus et de votre TMI ;
  • exploiter chaque année les marges de manœuvre offertes par l’abattement et le choix entre PFU et barème.

En résumé, le PFU n’a pas tué l’intérêt fiscal de l’assurance vie, il l’a rendu plus nuancé. Pour un épargnant qui prend le temps de comprendre ces mécanismes — ou qui s’appuie sur un conseiller compétent —, l’assurance vie reste un pilier solide d’une stratégie d’épargne et de placements à long terme.