Ordre au marché : définition, fonctionnement et risques pour l’investisseur particulier

Ordre au marché : définition, fonctionnement et risques pour l’investisseur particulier

Lorsque vous passez un ordre de Bourse pour acheter ou vendre une action, un ETF ou une obligation, la première question que votre courtier vous pose est souvent : « Type d’ordre ? ». Et par défaut, beaucoup de particuliers choisissent… l’ordre au marché, sans vraiment savoir ce que cela implique.

C’est rapide, simple, efficace… mais potentiellement très risqué si vous ne maîtrisez pas son fonctionnement. Dans certains contextes, un ordre au marché peut vous coûter beaucoup plus cher que prévu, voire ruiner la logique d’une stratégie d’investissement pourtant bien pensée.

Dans cet article, je vous propose de décortiquer l’ordre au marché : définition, fonctionnement, avantages, risques concrets et bonnes pratiques pour l’investisseur particulier.

Qu’est-ce qu’un ordre au marché ?

Un ordre au marché (ou « market order ») est un ordre d’achat ou de vente qui demande à votre courtier d’exécuter l’ordre immédiatement, au meilleur prix disponible sur le marché au moment de son arrivée.

Autrement dit :

  • Vous ne fixez pas de prix maximum (si vous achetez) ni de prix minimum (si vous vendez).

  • Vous laissez le marché décider du prix exact d’exécution.

  • La priorité absolue est donnée à la rapidité d’exécution, pas au prix.

Exemple simple : vous voulez acheter 100 actions de TotalEnergies. Vous passez un ordre au marché. Au moment où votre ordre arrive, les premiers vendeurs disponibles sur le carnet d’ordres proposent leurs actions à 62,10 €, 62,12 € et 62,15 €. Votre ordre sera servi en priorité sur ces vendeurs, jusqu’à atteindre 100 actions, à ces prix-là.

Sur votre interface, vous verrez peut-être un seul prix moyen, mais en réalité, il est possible que vos 100 actions aient été achetées à plusieurs prix légèrement différents.

Comment fonctionne un ordre au marché dans le carnet d’ordres ?

Pour comprendre les risques, il faut d’abord comprendre le mécanisme du carnet d’ordres.

Pour chaque actif coté, deux colonnes se font face :

  • Les ordres d’achat (offres), avec un prix et une quantité.

  • Les ordres de vente (demandes), également avec un prix et une quantité.

Le meilleur acheteur est celui qui propose le prix le plus élevé. Le meilleur vendeur est celui qui propose le prix le plus bas. La différence entre ces deux prix, c’est le spread.

Un ordre au marché va se « jeter » sur :

  • le meilleur vendeur disponible si vous achetez ;

  • le meilleur acheteur disponible si vous vendez.

Si la quantité que vous demandez est supérieure à la quantité disponible au meilleur prix, votre ordre ira ensuite « taper » les niveaux suivants dans le carnet, à des prix de plus en plus défavorables pour vous.

C’est là qu’apparaît un premier risque : le glissement de prix, ou slippage.

Les avantages de l’ordre au marché

Avant de parler des dangers, reconnaissons-le : l’ordre au marché n’a pas que des défauts. Il présente même quelques avantages réels dans certains cas.

  • Exécution quasi garantie : tant qu’il y a de la liquidité (des acheteurs ou vendeurs en face), votre ordre sera exécuté. Vous n’avez pas le risque de rester « en attente » comme avec un ordre à cours limité trop ambitieux.

  • Rapidité maximale : priorité absolue sur la vitesse. C’est utile si vous voulez rentrer ou sortir d’une position sans tarder (par exemple, pour réduire un risque de portefeuille).

  • Simplicité : pas besoin de réfléchir au prix exact. Vous laissez le marché faire le travail. C’est particulièrement confortable pour des montants modestes sur des actifs très liquides (grandes actions du CAC 40, gros ETF…).

En bref : l’ordre au marché est un bon outil, à condition de savoir quand il est approprié… et quand il ne l’est surtout pas.

Les principaux risques pour l’investisseur particulier

Passons maintenant au cœur du sujet : les risques, souvent sous-estimés, d’un ordre au marché.

Le slippage : quand le prix s’échappe sous vos yeux

Le slippage, c’est la différence entre le prix auquel vous pensiez exécuter l’ordre (par exemple, le dernier cours affiché ou le meilleur prix visible au moment du clic) et le prix réel auquel votre ordre est exécuté.

Exemple concret :

  • Une petite action se traite autour de 10 €.

  • Vous voyez un cours acheteur à 9,98 € et vendeur à 10,02 €.

  • Vous passez un ordre au marché pour acheter 2 000 actions, soit environ 20 000 €.

Problème : au meilleur prix vendeur (10,02 €), il n’y a peut-être que 300 actions disponibles. Les autres vendeurs sont à 10,10 €, 10,20 €, 10,50 €… Votre ordre va remonter ces niveaux de prix. Au final, votre prix moyen pourrait être de 10,30 € ou 10,40 € au lieu des 10,02 € que vous aviez en tête.

Sur 2 000 actions, la différence est loin d’être anecdotique.

La volatilité : un ennemi redoutable pour l’ordre au marché

Plus un titre est volatil, plus un ordre au marché devient dangereux.

Pendant les annonces de résultats, les communiqués importants ou les périodes de stress de marché, les prix peuvent bouger très rapidement :

  • Le carnet d’ordres se vide, les écarts entre les prix acheteurs et vendeurs s’élargissent.

  • Les robots de trading haute fréquence réajustent leurs prix en quelques millisecondes.

Dans ce contexte, vous pouvez envoyer un ordre au marché alors que le titre cote autour de 50 €, mais l’exécution réelle peut se faire nettement au-dessus (ou en dessous) de ce niveau si le mouvement est brusque et la liquidité faible.

Les marchés peu liquides : le piège classique

Les ordres au marché sont particulièrement risqués sur :

  • Les petites capitalisations peu échangées.

  • Les obligations individuelles.

  • Certaines foncières cotées.

  • Des ETF exotiques ou très spécialisés.

Sur ces actifs, le carnet d’ordres peut être très creux. Vous voyez peut-être un dernier cours à 15 €, mais :

  • Les premiers vendeurs sont désormais à 15,60 €, 16 €, voire plus.

  • Et en face, il n’y a presque pas d’achats.

En vendant « au marché », vous pouvez donc lâcher vos titres à un prix très défavorable, sans que rien, dans l’interface simplifiée de votre courtier, ne vous ait vraiment alerté.

Les gaps d’ouverture : des surprises au petit déjeuner

Autre situation à haut risque : les gaps d’ouverture.

Un gap survient lorsque le prix d’ouverture d’un titre est très différent du dernier prix de clôture de la veille. Cela arrive souvent après :

  • Une annonce de résultats.

  • Une mauvaise nouvelle sectorielle ou macroéconomique.

  • Un événement exceptionnel sur le titre (OPA, scandale, profit warning…).

Vous aviez vu une action clôturer à 30 €. Vous placez, le soir, un ordre au marché pour vendre à l’ouverture. Si une mauvaise nouvelle tombe, l’action peut ouvrir à 25 €… et votre ordre sera exécuté à ce prix, sans nuance.

L’effet est le même si vous essayez d’acheter après une « bonne » nouvelle : vous pensiez acheter à 30 €, l’ouverture se fait à 35 €, et c’est ce niveau (ou plus haut encore) que vous obtenez réellement.

Ordre au marché, ordre limite, stop et stop-limit : quelles différences ?

Pour mieux apprécier quand utiliser (ou éviter) l’ordre au marché, il est utile de le comparer aux autres types d’ordres.

  • Ordre à cours limité : vous fixez un prix maximum d’achat ou un prix minimum de vente. Exécution uniquement si le marché trouve un contrepartie à ce prix ou mieux. Avantage : vous contrôlez le prix. Inconvénient : pas de garantie d’exécution.

  • Ordre stop (ou ordre à seuil de déclenchement) : vous définissez un niveau de prix qui, une fois atteint, déclenche un ordre au marché. Utile pour couper ses pertes (stop loss), mais soumis aux mêmes risques de slippage que l’ordre au marché une fois déclenché.

  • Ordre stop-limit : vous définissez un seuil de déclenchement et un prix limite d’exécution. Plus sophistiqué, il limite à la fois le risque de slippage et celui de non-exécution, mais il requiert une bonne compréhension des niveaux à placer.

L’ordre au marché, dans ce panorama, est celui qui vous garantit presque toujours l’exécution… mais jamais le prix.

Dans quels cas utiliser (raisonnablement) un ordre au marché ?

Faut-il bannir totalement l’ordre au marché ? Non. Comme tout outil, il peut être pertinent dans certains contextes.

  • Sur des titres très liquides : grandes actions du CAC 40, ETF très échangés, indices majeurs. Le carnet est généralement bien rempli, le spread faible, et le risque de slippage limité, surtout pour des montants raisonnables.

  • Pour de petits montants : acheter pour 500 € ou 1 000 € d’un ETF large sur un marché liquide avec un ordre au marché expose à un risque très limité, surtout si vous ne faites pas du trading à très court terme.

  • En période de calme relatif : hors annonces majeures, sur des séances sans volatilité excessive ni événement particulier.

  • Pour sortir rapidement d’une position risquée : si votre priorité absolue est de réduire un risque (par exemple, une position devenue trop grosse sur un titre très volatil), la rapidité peut primer sur le prix exact.

Dans ces situations, l’ordre au marché reste un outil simple et efficace. Mais il doit être utilisé de manière réfléchie, pas par réflexe.

Les bonnes pratiques pour limiter les risques

Voici quelques réflexes simples qui peuvent vous éviter de mauvaises surprises.

  • Vérifier la liquidité : regardez le volume de transactions quotidiennes, la profondeur du carnet d’ordres (si votre courtier l’affiche) et l’écart entre les prix acheteurs et vendeurs.

  • Surveiller le spread : si le spread est large (par exemple 1 % ou plus du prix du titre), un ordre au marché devient beaucoup plus risqué.

  • Éviter les horaires sensibles : l’ouverture du marché et parfois la clôture sont des moments plus volatils. Préférez les plages horaires « médianes », où la liquidité est généralement meilleure.

  • Privilégier l’ordre limite dans le doute : si vous hésitez, un ordre à cours limité vous donne plus de contrôle. Vous pouvez placer un prix légèrement au-dessus du dernier cours pour un achat (ou légèrement en dessous pour une vente) afin d’avoir de bonnes chances d’exécution tout en encadrant le risque.

  • Fractionner les gros ordres : sur un titre moyennement liquide, plutôt que d’acheter 10 000 € d’un coup au marché, envisagez plusieurs ordres plus petits, éventuellement à cours limité.

  • Être particulièrement prudent sur les small caps : sur les petites valeurs, considérez l’ordre au marché comme une option exceptionnelle, à manier avec la plus grande prudence.

Quelques questions fréquentes sur l’ordre au marché

Un ordre au marché peut-il être exécuté à un prix très éloigné du dernier cours ?

Oui, surtout sur des titres volatils ou peu liquides, ou en cas de gap d’ouverture. Le dernier cours affiché n’est pas une garantie de prix.

Mon courtier m’indique un « meilleur prix estimé » avant de valider l’ordre. Puis-je m’y fier ?

C’est une indication, pas un engagement. Le prix réel peut être différent au moment de l’exécution, surtout si le marché bouge vite.

Les ordres au marché sont-ils à éviter pour le long terme ?

Pour un investisseur de long terme, quelques centimes de différence sur un titre liquide ne changeront pas la trajectoire globale. En revanche, sur des montants importants ou des titres peu liquides, mieux vaut conserver de bons réflexes de gestion du prix d’entrée et de sortie.

Pourquoi certains courtiers recommandent-ils par défaut l’ordre au marché ?

Parce qu’il est simple à comprendre pour la majorité des clients, et qu’il limite le nombre d’ordres non exécutés (sources de questions au service client). Cela ne signifie pas que c’est toujours la meilleure option pour vous.

À retenir pour vos prochains ordres de Bourse

L’ordre au marché est un outil pratique, parfois très utile, mais qui peut se transformer en piège pour l’investisseur particulier s’il est utilisé sans discernement.

Trois idées clés à garder en tête :

  • Vous achetez (ou vendez) toujours à un prix réel, pas à un « dernier cours » théorique.

  • La liquidité, la volatilité et le spread sont vos trois indicateurs de risque principaux.

  • Vous avez des alternatives (ordre limite, stop-limit) pour mieux contrôler votre prix.

Avant de cliquer sur « Valider » avec un ordre au marché, posez-vous systématiquement la question : « Est-ce que je préfère vraiment être exécuté à tout prix, ou est-ce que je veux être exécuté à un certain prix ? »

C’est souvent la différence entre un simple clic… et une vraie décision d’investisseur.