Biens propres succession : comment sont-ils transmis et protégés lors d’un héritage

Biens propres succession : comment sont-ils transmis et protégés lors d’un héritage

Qu’advient-il des biens qui vous appartiennent « en propre » au moment d’une succession ? Sont-ils vraiment protégés de toute revendication ? Et votre conjoint, vos enfants, votre famille ? Le sujet est souvent flou… jusqu’au jour où un décès vient tout compliquer.

Dans cet article, on va clarifier, de façon concrète, comment les biens propres sont transmis et protégés lors d’un héritage, en fonction de votre situation (marié, pacsé, en concubinage) et de votre régime matrimonial.

Biens propres : de quoi parle-t-on exactement ?

Avant de parler succession, il faut bien comprendre ce qu’est un « bien propre ». On oppose généralement :

  • les biens propres : n’appartiennent qu’à une seule personne dans le couple ;
  • les biens communs : appartiennent aux deux époux (ou partenaires) dans un certain cadre.
  • Un bien est généralement considéré comme propre lorsqu’il :

  • a été acquis avant le mariage ;
  • provient d’une succession ou d’une donation (même pendant le mariage) ;
  • est un bien personnel par nature (vêtements, indemnisation d’un préjudice corporel, etc.) ;
  • a été financé exclusivement avec de l’argent propre, dans certains régimes (avec possibilité de « récompense » si la communauté a aidé).
  • Tout le reste – en régime légal de communauté réduite aux acquêts – est, par défaut, commun. C’est là que les confusions commencent : beaucoup pensent que « comme la maison est à mon nom, c’est à moi ». Faux. Le nom sur l’acte n’est pas toujours révélateur du caractère propre ou commun.

    Pourquoi la notion de biens propres est cruciale en succession ?

    Au décès, l’actif successoral se compose des biens appartenant personnellement au défunt :

  • tous ses biens propres ;
  • sa quote-part dans les biens communs (généralement la moitié dans un régime de communauté).
  • Autrement dit, dans la succession, on ne partage pas «&nbsptout » indistinctement : on commence par distinguer ce qui est commun de ce qui est propre, puis on ne fait entrer dans la succession que ce qui appartenait au défunt. C’est la base pour savoir ce qui revient :

  • au conjoint survivant ;
  • aux enfants (héritiers réservataires) ;
  • aux autres héritiers (parents, frères/sœurs, etc., s’il n’y a pas d’enfants).
  • Bien identifier les biens propres permet donc :

  • de protéger la part de patrimoine qui doit revenir à certains héritiers ;
  • d’éviter les conflits (par exemple, un enfant d’un premier lit qui conteste une maison présentée comme « propre » alors qu’elle ne l’est pas) ;
  • d’optimiser les choix patrimoniaux (testament, donation entre époux, changement de régime matrimonial, etc.).
  • Comment sont transmis les biens propres au décès ?

    La transmission des biens propres dépend de deux grandes variables :

  • votre situation familiale (marié, pacsé, concubin…) ;
  • la présence ou non d’enfants, et éventuellement d’enfants d’une précédente union.
  • Dans tous les cas, les biens propres suivent les règles classiques de la dévolution successorale, mais avec un impact très concret sur qui reçoit quoi.

    Biens propres et régime de communauté (mariage sans contrat)

    La très grande majorité des couples en France sont mariés sous le régime de la communauté réduite aux acquêts (mariage sans contrat). Dans ce cas :

  • les biens propres appartiennent exclusivement à chaque époux ;
  • les biens acquis pendant le mariage (revenus, achats, épargne…) sont, en principe, communs.
  • Au décès de l’un des époux, on suit une séquence en deux temps :

  • on liquide d’abord la communauté : la moitié des biens communs appartient de plein droit au conjoint survivant, hors succession ;
  • puis on ouvre la succession du défunt sur :
    • ses biens propres ;
    • sa moitié des biens communs.
  • Les biens propres ne sont donc pas « sanctuarisés » pour le conjoint : ils entrent dans la succession, comme la moitié des biens communs.

    Exemple : Jacques et Marie sont mariés sans contrat. Jacques décède. Patrimoine :

  • un appartement reçu par héritage par Jacques avant le mariage : bien propre de Jacques ;
  • une maison achetée ensemble pendant le mariage : bien commun ;
  • des livrets d’épargne alimentés par leurs salaires depuis 15 ans : biens communs.
  • La succession de Jacques comprendra :

  • l’appartement (100 % dans la succession) ;
  • la moitié de la maison ;
  • la moitié des livrets.
  • Le reste (l’autre moitié maison + livrets) appartient directement à Marie.

    Biens propres et régime de séparation de biens

    Dans un régime de séparation de biens (ou participation aux acquêts, avec nuances), chaque époux reste propriétaire de ce qu’il achète. On parle surtout de patrimoines séparés, et les biens communs sont rares et clairement identifiés (indivision volontaire).

    En séparation de biens :

  • le défunt laisse à sa succession l’ensemble de son patrimoine (qui est quasi intégralement « propre » par nature) ;
  • le conjoint survivant ne récupère pas automatiquement « la moitié d’une communauté », puisqu’il n’y en a pas ;
  • la protection du conjoint repose donc davantage sur le droit successoral (réserve, quotité disponible, donations, testament).
  • Conséquence : si vous êtes en séparation de biens avec un patrimoine très déséquilibré, l’un des conjoints peut se retrouver beaucoup moins protégé au décès de l’autre s’il n’y a pas de dispositions complémentaires (donation entre époux, assurance-vie, etc.).

    Biens propres, réserve héréditaire et quotité disponible

    Les biens propres font partie de la masse successorale soumise à deux notions-clés :

  • la réserve héréditaire : part minimale revenant obligatoirement à certains héritiers (enfants, à défaut conjoint dans certains cas) ;
  • la quotité disponible : part dont on peut disposer librement par testament ou donation.
  • Les enfants sont héritiers réservataires. En présence d’enfants :

  • 1 enfant : réserve = 1/2 du patrimoine ;
  • 2 enfants : réserve = 2/3 ;
  • 3 enfants ou plus : réserve = 3/4.
  • Les biens propres ne sont pas hors de ce calcul. Ils servent, au même titre que le reste, à satisfaire la réserve et, ensuite, la quotité disponible.

    Exemple : vous avez uniquement des biens propres (parce que vous êtes en séparation de biens), et vous souhaitez « tout laisser à votre conjoint » au détriment d’un enfant. Juridiquement, ce n’est pas possible au-delà de la quotité disponible. Votre enfant pourra exercer une action en réduction pour récupérer sa réserve.

    Et si vous avez des enfants d’une première union ?

    Les biens propres sont souvent un sujet sensible en famille recomposée. Notamment lorsque :

  • un des conjoints arrive dans le mariage avec un patrimoine propre important ;
  • il souhaite à la fois protéger son nouveau conjoint et préserver la part revenant à ses enfants d’une précédente union.
  • Les enfants d’une première union restent héritiers réservataires sur l’ensemble du patrimoine, y compris les biens propres. Mais vous pouvez organiser les choses :

  • par une donation entre époux (donation au dernier vivant) pour augmenter les droits du conjoint dans les limites légales ;
  • en réservant certains biens propres à vos enfants via un testament (ex. : « Je lègue ma maison de famille à mes enfants de mon premier mariage » dans le respect de leur réserve) ;
  • en utilisant l’assurance-vie, qui est hors succession (sous réserve de primes non manifestement exagérées).
  • Qu’en est-il en cas de PACS ou de concubinage ?

    Le statut du conjoint marié n’est pas celui du partenaire pacsé ni du concubin.

    En PACS

  • Depuis 2007, le régime par défaut est la séparation de biens ;
  • Les partenaires ne sont pas héritiers l’un de l’autre, sauf s’il existe un testament ;
  • Les biens propres de chaque partenaire iront donc, en l’absence de testament, aux héritiers légaux (enfants, parents, frères/sœurs…), pas au partenaire.
  • Pour protéger un partenaire pacsé, il est indispensable de :

  • prévoir un testament (dans la limite de la réserve des enfants) ;
  • éventuellement acheter certains biens en indivision ;
  • utiliser l’assurance-vie pour lui transmettre un capital hors succession.
  • En concubinage

    Les concubins sont, en droit, de parfaits étrangers. Sans disposition particulière :

  • ils n’héritent pas l’un de l’autre ;
  • un bien reste propre à celui dont le nom figure dans l’acte (sauf indivision) ;
  • les biens propres iront aux héritiers légaux, pas au concubin.
  • Là encore, la protection passe par :

  • testament ;
  • indivision ou SCI si vous achetez ensemble ;
  • assurance-vie au profit du concubin.
  • Comment protéger spécifiquement certains biens propres ?

    Si vous tenez à ce que certains biens propres suivent une trajectoire particulière (enfants d’un premier lit, conjoint, neveu, association…), vous disposez de plusieurs outils.

    1. Le testament

    Le testament permet :

  • d’orienter la quotité disponible vers certaines personnes (ou causes) ;
  • d’affecter un bien particulier à un héritier déterminé (legs particulier) : « Je lègue mon appartement situé à… à ma fille Camille. »
  • Important : le testament ne peut pas priver les héritiers réservataires de leur réserve. S’il empiète dessus, il sera réduit.

    2. La donation entre époux

    Pour les couples mariés, la donation entre époux (donation au dernier vivant) permet d’augmenter les droits du conjoint survivant sur le patrimoine, y compris sur les biens propres du défunt (dans les limites prévues par la loi).

    Elle peut permettre au conjoint survivant :

  • de choisir entre plusieurs options (usufruit de la totalité, pleine propriété d’une quotité, etc.) ;
  • d’avoir une plus grande marge de manœuvre sur l’occupation d’un logement propre au défunt, par exemple.
  • 3. Le démembrement de propriété

    Vous pouvez anticiper en donnant la nue-propriété d’un bien propre à vos enfants, tout en conservant l’usufruit. Au décès :

  • les enfants récupèrent la pleine propriété du bien sans droits supplémentaires ;
  • le bien sort en grande partie de la masse successorale (selon la valeur de la nue-propriété au moment de la donation).

    C’est un outil classique pour transmettre un bien de famille ou un patrimoine immobilier propre tout en se ménageant un revenu (loyers) ou l’usage.

    La question de la preuve : comment démontrer qu’un bien est propre ?

    On l’oublie souvent, mais en succession, celui qui affirme doit prouver. Si vous soutenez qu’un bien est propre, vous devez pouvoir le démontrer.

    Comment ?

  • en conservant les actes d’achat (notariés) et les justificatifs de financement ;
  • en veillant à faire mentionner clairement le caractère propre dans l’acte, lorsqu’il est financé avec des fonds propres (héritage, donation, vente d’un autre bien propre) ;
  • en documentant les mouvements de fonds (relevés de comptes, preuve qu’une somme reçue par héritage a servi à l’acquisition).
  • En l’absence de preuve, certains biens risquent d’être considérés comme communs, surtout en régime de communauté. Ce qui peut modifier fortement la répartition entre conjoint survivant et enfants.

    Pièges fréquents et requalifications

    Quelques situations typiques qui posent problème au décès :

  • Maison achetée pendant le mariage, financée en partie par un héritage, mais sans mention dans l’acte : la maison sera présumée commune, et non propre, sauf à prouver la part de financement propre (et à réclamer une récompense).
  • Compte-titres ouvert avant le mariage, alimenté ensuite avec des revenus communs : le compte est propre, mais la communauté peut avoir droit à récompense, ce qui complique la liquidation.
  • Remboursement d’un crédit immobilier d’un bien propre avec les salaires du couple : là encore, la communauté peut réclamer une compensation.
  • D’où l’intérêt de protéger et tracer correctement vos biens propres, surtout si les situations familiales sont complexes ou si les montants sont significatifs.

    Bonnes pratiques pour protéger ses biens propres (et la paix familiale)

    Pour éviter les surprises et les conflits entre héritiers, quelques réflexes simples :

  • faire un point régulier avec un notaire sur la nature exacte de vos biens (propres/communs) ;
  • réunir et conserver tous les justificatifs d’acquisition, de financement et d’origine des fonds ;
  • lors des achats immobiliers, faire préciser dans l’acte d’où viennent les fonds (propres ou communs) ;
  • adapter votre régime matrimonial si besoin (par exemple, introduire une clause de préciput, ou passer en séparation de biens dans certains cas) ;
  • utiliser les outils de planification : testament, donation entre époux, donations aux enfants, assurance-vie ;
  • parler de vos intentions avec vos proches, pour limiter les tensions au moment de la succession.
  • En résumé : biens propres et héritage, une affaire d’anticipation

    Les biens propres ne sont pas une simple étiquette juridique : ils conditionnent très concrètement la part de chacun au moment d’une succession. Bien les identifier, les prouver et organiser leur transmission, c’est :

  • protéger le conjoint ou partenaire survivant dans les limites prévues par la loi ;
  • respecter les droits des enfants, y compris ceux d’une première union ;
  • réduire le risque de conflits familiaux et de procédures longues et coûteuses ;
  • optimiser la fiscalité et l’efficacité de votre transmission (grâce aux donations et à l’assurance-vie notamment).
  • Si vous avez des biens reçus par héritage, des enfants de différentes unions, un patrimoine déséquilibré dans le couple ou un régime matrimonial particulier, un rendez-vous avec un notaire est rarement de trop. Mieux vaut poser clairement les choses de votre vivant que laisser vos héritiers démêler seuls l’écheveau des biens propres et des biens communs.